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Hausse du carburant : comment les collectivités soutiennent les commerces locaux, l’exemple de Laval


Arrêt de bus en centre-ville avec commerces de proximité en arrière-plan

En avril 2026, le gazole dépasse 2,15€/L en moyenne nationale et la consommation de carburant chute de 18,55% : les Français se déplacent moins, et les commerces de proximité en subissent directement les conséquences. Face à ce constat, des collectivités comme Laval Agglomération activent des leviers concrets, à l’image de la baisse de plus de 60% du prix des tickets de bus votée le 4 mai 2026. Tour d’horizon des solutions à disposition des élus locaux et de leurs effets mesurés sur l’activité commerciale.

1. Quel est l’impact de la hausse du carburant sur le commerce de proximité en 2026 ?

Une flambée des prix liée à la crise du détroit d’Ormuz

Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, est quasi bloqué (chute de 95% du trafic maritime). Le cours du Brent a dépassé 126$/baril en mai 2026, entraînant une hausse brutale des prix à la pompe. Le gazole a pris environ 50 centimes par litre entre fin février et fin mars, atteignant 2,188€/L en moyenne au 31 mars 2026. Le SP95-E10 oscille autour de 2€/L en avril.

Les ménages réduisent leurs déplacements

La réaction des automobilistes est immédiate. Entre le 11 et le 20 avril 2026, les ventes de gazole ont chuté de 18,55% et celles de supercarburants de 14,5% par rapport à la même période de l’année précédente. Les Français limitent leurs trajets, privilégient le covoiturage ou le train, et reportent leurs achats.

Chiffre clé : Le transport représente en moyenne 13,6% du budget des ménages, mais cette part grimpe à 21,3% pour les foyers les plus modestes (SDES). La voiture seule pèse 81% des dépenses de transport.

Un effet direct sur la fréquentation des commerces

Quand se déplacer coûte plus cher, les consommateurs arbitrent. Au premier trimestre 2025, la fréquentation des commerces de centre-ville a reculé de 2,9%, contre -0,4% en périphérie. Le taux de vacance commerciale en centre-ville atteint un record de 10,64% en 2025 selon la fédération Procos. Comme le résumait un commerçant bordelais interrogé par Europe 1 : “Les gens se font moins plaisir.”

Lieu de résidence Dépense annuelle carburant Part énergie dans le budget
Ménages urbains 981€/an 5,7% (agglo. parisienne)
Ménages périurbains 1 480€/an ~8%
Ménages ruraux 1 855€/an 11,3%

Source : INSEE, données 2022. Les montants ont augmenté avec la hausse de 2026.

Le report vers le e-commerce s’accélère en parallèle : 41,6 millions de Français ont acheté en ligne en 2024 (+2,2 millions en un an), et la FEVAD anticipe un chiffre d’affaires de 200 milliards d’euros pour le e-commerce en 2026. Chaque frein à la mobilité physique renforce cette tendance.

2. Quels leviers les collectivités peuvent-elles activer pour soutenir les commerces locaux ?

Le cadre juridique : les Autorités Organisatrices de la Mobilité

Depuis la loi d’orientation des mobilités (LOM) du 24 décembre 2019, les intercommunalités à fiscalité propre (métropoles, communautés d’agglomération, communautés de communes) sont les Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) sur leur territoire. Elles ont compétence pour organiser, tarifer et financer les transports en commun, le transport à la demande, les mobilités actives (vélo, marche) et les mobilités partagées (covoiturage, autopartage). La fixation des tarifs de transport relève directement de leur compétence : elles peuvent donc les baisser, voire instaurer la gratuité.

Bon à savoir : Les recettes de billetterie ne représentent souvent qu’une part minoritaire du financement des réseaux de transport urbain. L’essentiel provient du versement mobilité, une taxe payée par les entreprises de plus de 11 salariés. À Laval, cette part atteint 86%.

Cinq catégories de mesures à disposition des collectivités

Levier Principe Exemples
Gratuité totale des transports Suppression de toute tarification sur l’ensemble du réseau Dunkerque, Montpellier, Lens-Liévin (TADAO)
Baisse tarifaire ciblée Réduction temporaire ou permanente du prix des tickets Laval (-60%), Nantes (-20% abonnements)
Gratuité partielle Gratuité limitée à certains jours (week-end, mercredi) ou publics Nantes (samedis-dimanches), Rouen (samedis)
Navettes gratuites centre-ville Lignes dédiées reliant parkings, gares et zones commerciales Albi, Blois, Limoges, Bourges
Éco-chèques et aides mobilité Aides financières pour vélos électriques, covoiturage, conversion Région Occitanie, Île-de-France, Bretagne

À ces mesures de mobilité s’ajoute le programme national Action Cœur de Ville de l’ANCT, qui concerne 244 communes et mobilise plus de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Parmi ses cinq axes : le développement de la mobilité décarbonée et l’équilibre économique et commercial.

3. Laval : comment une agglomération a baissé le prix du bus de 60% pour ses commerces ?

Un “choc des mobilités” voté en urgence

Le 4 mai 2026, le conseil communautaire de Laval Agglomération a voté une mesure inédite baptisée “choc des mobilités”. À compter du 11 mai et jusqu’au 31 août 2026, les tarifs des Transports urbains lavallois (TUL) sont réduits de plus de 60% :

Type de titre Tarif avant Tarif réduit Réduction
Ticket unitaire 1,30€ 0,50€ -62%
Ticket journalier 3,25€ 1,50€ -54%
Carnet de 10 voyages 10,00€ 4,00€ -60%

La mesure s’applique sans conditions de revenus et concerne l’ensemble du réseau TUL, y compris le service de transport à la demande TULIB.

Un coût maîtrisé grâce au versement mobilité

L’effort financier est estimé à 150 000€ pour la période de mai à août 2026, entièrement assumé par Laval Agglomération. Ce montant reste supportable car 86% des revenus du réseau TUL proviennent du versement mobilité des entreprises, et non de la billetterie. La perte de recettes liée à la baisse tarifaire ne représente donc qu’une fraction marginale du budget transport de l’agglomération.

Comme l’a expliqué Florian Bercault, président de Laval Agglomération, l’objectif est triple : “soutenir le pouvoir d’achat, encourager l’usage des transports en commun et accélérer la transition vers des solutions de mobilité durable”.

Des perspectives au-delà de l’expérimentation

Julien Brocail, vice-président en charge des mobilités, a précisé que cette mesure n’est qu’une première étape. L’agglomération envisage d’aller “vers une gratuité le mercredi et peut-être au-delà” après évaluation des résultats. D’autres initiatives sont prévues : prêt de vélos aux étudiants et mise à disposition de voiturettes électriques en deuxième couronne, pour toucher les habitants les plus éloignés des lignes de bus.

Ce que cela signifie pour les commerçants lavallois : Un ticket de bus à 0,50€ réduit considérablement le coût d’accès au centre-ville pour les habitants de l’agglomération. Pour un couple faisant un aller-retour en bus le samedi, le déplacement passe de 5,20€ à 2€, soit un budget comparable au coût d’un stationnement en parking public.

4. Gratuité des transports : quel impact réel sur la fréquentation des commerces de centre-ville ?

Des hausses de fréquentation massives dans les villes pionnières

Une quarantaine de villes françaises ont instauré la gratuité totale des transports en commun. Les données de fréquentation disponibles montrent des résultats significatifs :

Ville / Agglomération Gratuité depuis Hausse de fréquentation
Dunkerque 2018 ×3 (de 9,2 M à 24,4 M voyages/an)
Montpellier Déc. 2023 +33% après un an
Niort 2017 +136% sur la ligne 1
Calais 2020 +70% à +120% selon les lignes
Châteauroux 2001 +100%

L’effet mesuré sur le commerce de centre-ville

Les données les plus complètes viennent de Dunkerque, où la gratuité a été instaurée en 2018 :

  • 31% des usagers du bus gratuit déclarent fréquenter davantage le centre-ville depuis la mise en place de la gratuité
  • 10% des habitants du centre ont cessé d’utiliser la voiture pour leurs déplacements quotidiens
  • La fréquentation du réseau a été multipliée par trois en sept ans

À Niort, un phénomène révélateur a été observé pendant les périodes de Noël et de soldes : un report des parkings de grandes surfaces vers les bus gratuits pour rejoindre les commerces du centre-ville. La gratuité a créé un réflexe de mobilité qui bénéficie directement aux commerces les mieux desservis.

TADAO : le plus grand réseau gratuit de France au service du bassin minier

Depuis le 1er janvier 2026, le réseau TADAO (Lens-Liévin, Hénin-Carvin) est devenu le plus grand réseau de transport gratuit de France : 650 000 habitants desservis sur 150 communes et environ 1 000 km². Ce territoire du bassin minier du Pas-de-Calais cumule dépendance à la voiture, fragilité écologique et précarité économique. La gratuité vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en rendant du pouvoir d’achat aux habitants, avec un impact attendu sur le drainage de clients vers les commerces de centre-ville de Lens et Liévin.

À noter : Les collectivités ne sont pas seules. Le gouvernement a mis en place une aide “grands rouleurs” d’environ 20 centimes/L pour les travailleurs modestes (à partir de juin 2026), un prêt flash carburant de 5 000 à 50 000€ pour les TPE/PME, et le Forfait Mobilités Durables permet aux salariés de bénéficier de jusqu’à 900€/an pour des déplacements multimodaux.

À retenir

  • Le gazole dépasse 2,15€/L en avril 2026, entraînant une chute de 18,55% des ventes de carburant et une baisse de 2,9% de la fréquentation des commerces de centre-ville.
  • Laval Agglomération a baissé le prix du ticket de bus de 1,30€ à 0,50€ (soit -62%) du 11 mai au 31 août 2026, pour un coût de 150 000€ financé par le versement mobilité.
  • Une quarantaine de villes françaises ont instauré la gratuité totale des transports, avec des hausses de fréquentation allant de +33% (Montpellier) à ×3 (Dunkerque).
  • À Dunkerque, 31% des usagers du bus gratuit déclarent fréquenter davantage le centre-ville, preuve du lien direct entre mobilité accessible et activité commerciale.
  • Les collectivités disposent de leviers variés : baisse tarifaire, gratuité partielle ou totale, navettes de centre-ville, éco-chèques mobilité, programme Action Cœur de Ville.

Questions fréquentes

Q : Une collectivité peut-elle légalement baisser le prix des transports pour soutenir le commerce local ?

R : Oui. Depuis la loi LOM de 2019, les intercommunalités sont Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) et ont pleine compétence pour fixer les tarifs de transport sur leur territoire. La baisse tarifaire, la gratuité partielle ou totale font partie de leurs prérogatives.

Q : Quel est le coût d’une baisse tarifaire des transports pour une agglomération ?

R : À Laval, la baisse de 60% du prix des tickets (de 1,30€ à 0,50€) coûte environ 150 000€ pour quatre mois. Ce coût reste maîtrisé car 86% des revenus du réseau proviennent du versement mobilité des entreprises, et non de la billetterie.

Q : La gratuité des transports augmente-t-elle la fréquentation des commerces de centre-ville ?

R : Les retours d’expérience le confirment. À Dunkerque, 31% des usagers du bus gratuit déclarent fréquenter davantage le centre-ville. À Niort, un report des parkings de grandes surfaces vers les bus gratuits a été observé pendant les soldes et les fêtes de fin d’année.

Q : Quelles aides nationales existent pour les commerçants face à la hausse du carburant ?

R : Le gouvernement a mis en place une aide “grands rouleurs” (~20 centimes/L) pour les travailleurs modestes, un prêt flash carburant de 5 000 à 50 000€ pour les TPE/PME, et le Forfait Mobilités Durables (jusqu’à 900€/an). Le programme Action Cœur de Ville (5 milliards d’euros, 244 communes) soutient également la revitalisation commerciale.

Sources et références

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Amy Dauphin est responsable de la mission commerce au sein du Pôle Implantation Commerce (PIC). Forte de sa connaissance approfondie des besoins des territoires, elle qualifie les projets d’implantation et maîtrise les réseaux d’enseignes et de franchises en développement. Depuis 2022, elle a accompagné plus de 500 projets d’implantation à travers la France, en partenariat avec les CCI, les collectivités et les réseaux de franchise. Amy partage régulièrement son expertise à travers des articles et guides pratiques destinés aux entrepreneurs et aux décideurs locaux.

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